Retour à la fiche
Question d'oral
Faut-il taxer le luxe et les grandes fortunes (Zucman 2025) ?
Réponse d'oral
Taxer le luxe et les grandes fortunes est légitime si cette fiscalité réduit les inégalités sans pénaliser aveuglément l’artisanat et l’emploi. Mais il faut distinguer deux choses : taxer l’achat d’un sac précieux et taxer un patrimoine de plusieurs milliards. Dans le premier cas, on vise une consommation superflue ; dans le second, la justice fiscale, c’est-à-dire une contribution adaptée aux moyens de chacun. En France, la proposition dite « taxe Zucman », adoptée par l’Assemblée nationale le 20 février 2025, prévoit un impôt minimum de 2 % sur les patrimoines supérieurs à 100 millions d’euros. Il s’agit d’un plancher tenant compte des impôts déjà acquittés, pas simplement d’une taxe supplémentaire de 2 %.Les défenseurs du luxe rappellent cependant que le superflu fait vivre des métiers bien réels. Dès 1714, Mandeville soutient dans La Fable des abeilles que les dépenses des riches peuvent profiter à la société. Un bijou finance aussi le travail d’un joaillier, d’un polisseur ou d’un sertisseur. Mais cet argument ne suffit pas à justifier toutes les fortunes ni toutes les consommations. En 1899, Veblen montre que la consommation ostentatoire sert aussi à afficher sa supériorité sociale : le prix devient lui-même un signe de distinction.La bonne question est donc moins « pour ou contre les riches ? » que « quel impôt, pour quels effets ? ». Une fiscalité progressive doit limiter l’évitement fiscal, prévoir les difficultés de paiement et tenir compte des impacts écologiques, sans confondre chiffre d’affaires et richesse personnelle. Le luxe peut être défendable, mais dispense-t-il de contribuer davantage au bien commun ?
