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    Question d'oral

    Que révèle l'affaire Sally Clark sur le raisonnement probabiliste ?

    Réponse d'oral

    L’affaire Sally Clark révèle qu’un raisonnement probabiliste mal construit peut transformer une coïncidence rare en fausse preuve de culpabilité. En 1999, cette avocate britannique est condamnée pour le meurtre de ses deux nourrissons, morts successivement. Au procès, le pédiatre Roy Meadow affirme que la probabilité de deux morts subites dans une famille comparable serait d’environ une chance sur 73 millions. Ce chiffre frappe les esprits. Pourtant, il repose sur une hypothèse contestable : les deux décès seraient indépendants. Or, des enfants d’une même famille peuvent partager des facteurs génétiques ou environnementaux. Multiplier simplement les probabilités d’un décès isolé peut donc produire un résultat trompeur.
    L’erreur la plus profonde est toutefois ailleurs : la probabilité d’un événement n’est pas la probabilité de culpabilité. Même si deux décès naturels sont très rares, cela ne signifie pas que leur mère est presque certainement coupable. C’est ce qu’on appelle le « sophisme du procureur ». Pour raisonner correctement, il faut comparer les différentes explications, tenir compte de leur fréquence et examiner toutes les preuves. L’approche bayésienne permet précisément de distinguer la probabilité des faits si l’accusée est innocente de celle de son innocence au vu des faits.
    La condamnation de Sally Clark est annulée en 2003, notamment après la découverte d’éléments médicaux non communiqués à la défense. Cette affaire rappelle qu’un chiffre spectaculaire ne remplace ni l’enquête ni l’examen critique des hypothèses. Les statistiques éclairent la justice, mais leur apparente précision peut aussi masquer l’incertitude. Comment faire des probabilités un outil de discernement plutôt qu’un argument d’autorité ?