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Question d'oral
Qu'est-ce que l'effet Matthieu et l'effet Matilda ?
Réponse d'oral
L’effet Matthieu désigne l’avantage cumulatif des personnes déjà reconnues, tandis que l’effet Matilda désigne la sous-reconnaissance des contributions des femmes scientifiques, souvent attribuées à des hommes. Le sociologue Robert Merton formule le premier en 1968. Son nom renvoie à une formule de l’Évangile selon Matthieu : « À celui qui a, il sera donné. » Dans la recherche, un scientifique célèbre reçoit plus facilement du crédit pour un travail qu’un collègue inconnu, même à contribution comparable. Cette reconnaissance attire ensuite des financements, des collaborateurs et des distinctions. Autrement dit, le prestige appelle le prestige : la récompense ne reflète pas seulement une réussite, elle facilite aussi les suivantes.L’historienne des sciences Margaret Rossiter nomme le second phénomène en 1993, en hommage à la militante féministe Matilda Joslyn Gage. Un exemple marquant est celui de Jocelyn Bell Burnell : doctorante, elle repère en 1967 le premier signal de pulsar. Pourtant, le prix Nobel de physique de 1974 récompense Antony Hewish et Martin Ryle, sans l’inclure. Son cas illustre comment le genre et la position subalterne peuvent se combiner dans l’attribution du mérite.Ces deux effets éclairent le pouvoir de consécration analysé par Bourdieu : les jurys ne jugent pas dans le vide. La réputation, les réseaux et les représentations sociales peuvent peser sur leurs décisions, sans qu’il y ait nécessairement volonté de discriminer. Cela ne signifie pas que les lauréats sont sans mérite, mais que des contributions comparables ne bénéficient pas toujours d’une reconnaissance comparable. Comment récompenser l’excellence sans simplement couronner ceux que l’on voit déjà ?
