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Question d'oral
Comment les jurys jugent-ils selon Michèle Lamont ?
Réponse d'oral
Selon Michèle Lamont, les jurys jugent en négociant collectivement ce qui mérite d’être récompensé : ils ne se contentent pas d’appliquer une définition unique et objective de l’excellence. Son enquête sur des commissions universitaires américaines montre que les évaluateurs apportent leurs habitudes disciplinaires, leurs goûts et leur expérience. Un historien peut privilégier la richesse des archives, tandis qu’un philosophe insiste sur la précision du raisonnement. Pour choisir ensemble, ils doivent donc expliquer leurs critères et accepter que la qualité prenne plusieurs formes.Le jugement repose ainsi sur un compromis entre critères : originalité, rigueur, faisabilité ou importance du projet. Par exemple, pour attribuer une bourse de recherche, un jury peut comparer un projet historique fondé sur des archives inédites et une enquête sociologique particulièrement inventive. Il ne dispose pas d’une mesure commune aussi simple qu’un chronomètre. La discussion, la confiance accordée aux spécialistes et le respect des différences disciplinaires rendent pourtant une décision possible. Les émotions comptent aussi : l’enthousiasme suscité par une candidature peut soutenir un argument, sans remplacer sa justification.Lamont ne nie donc pas les biais sociaux : réputation, établissement d’origine ou proximité intellectuelle peuvent peser. Mais, sans réduire le jugement à la reproduction des hiérarchies, elle souligne les efforts concrets des jurés pour être équitables. L’impartialité est moins une absence de préférences qu’un travail pour les maîtriser. Reste alors à savoir comment composer des jurys capables de reconnaître une excellence qui ne leur ressemble pas.
