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    Question d'oral

    La financiarisation a-t-elle détruit l'industrie ?

    Réponse d'oral

    La financiarisation n’a pas détruit l’industrie, mais elle a souvent fragilisé ses capacités de production en donnant la priorité à la valeur pour l’actionnaire. Elle consiste à faire peser davantage les marchés financiers et leurs critères de rentabilité sur les décisions des entreprises. En 1970, Milton Friedman défend l’idée que leur responsabilité est d’accroître leurs profits, dans le respect des règles. Lorsque les dirigeants sont rémunérés en actions, ils peuvent privilégier une hausse rapide du cours de Bourse plutôt qu’un investissement industriel dont les résultats prendront dix ans.
    Le problème apparaît quand dividendes, rachats d’actions et réduction des coûts passent avant les usines, la recherche ou la formation. Un rachat par endettement peut ainsi imposer à une entreprise de dégager rapidement des liquidités pour rembourser sa dette. Mais attribuer toute la désindustrialisation à la finance serait trompeur. La concurrence internationale, les délocalisations, les gains de productivité et la progression des services comptent aussi. L’automatisation peut réduire l’emploi industriel sans réduire la production. Et la finance permet également de financer des équipements coûteux ou de nouvelles technologies.
    L’enjeu est donc moins de supprimer la finance que de lui donner un horizon plus long. Le capitalisme des parties prenantes propose d’intégrer les intérêts des salariés, des fournisseurs et des territoires. En Allemagne, la loi de 1976 prévoit une représentation paritaire des salariés au conseil de surveillance de nombreuses grandes entreprises de plus de 2 000 salariés, sans leur donner un pouvoir strictement égal. Cette organisation ne garantit pas le succès, mais elle élargit la discussion stratégique. La question devient alors : qui doit décider du temps dont l’industrie a besoin pour préparer l’avenir ?