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    Question d'oral

    Peut-on abolir contre l'opinion publique ?

    Réponse d'oral

    Oui, on peut abolir la peine de mort contre l’opinion publique : Robert Badinter l’a montré en 1981, en défendant une justice qui refuse de tuer, même lorsque la majorité des Français reste favorable à la peine capitale. Cela pose une question simple : les responsables politiques doivent-ils suivre l’opinion ou chercher à la convaincre ? Dans une démocratie représentative, les élus ne sont pas obligés de reproduire les sondages. Ils prennent des décisions, puis en répondent devant les citoyens. Encore faut-il agir ouvertement : François Mitterrand avait annoncé son opposition à la peine de mort avant son élection de mai 1981.
    Le combat de Robert Badinter vient aussi de son expérience d’avocat. En 1972, il ne parvient pas à sauver Roger Bontems, guillotiné alors qu’il n’a lui-même tué aucun des deux otages de Clairvaux. En 1977, il obtient la réclusion à perpétuité pour Patrick Henry, meurtrier d’un enfant de sept ans. Défendre cet homme ne signifie pas excuser son crime : c’est refuser que la justice réponde au meurtre par une exécution. Devenu garde des Sceaux, Badinter porte l’abolition, votée à l’Assemblée nationale par 363 voix contre 117, puis promulguée le 9 octobre 1981.
    Abolir contre l’opinion n’est donc pas nécessairement gouverner contre la démocratie. C’est parfois faire primer les droits fondamentaux sur une demande de punition nourrie par la peur ou l’indignation. Mais ce courage exige un débat public et des arguments : le risque d’erreur judiciaire, notamment, rend irréparable toute exécution. Une démocratie ne progresse-t-elle pas aussi lorsqu’elle accepte de discuter les limites de son propre pouvoir de punir ?