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    Question d'oral

    D'où viennent les biais des prix et comment les corriger ?

    Réponse d'oral

    Les biais des prix viennent des habitudes des jurys, des inégalités entre candidats et du pouvoir des institutions qui décident de la valeur ; les corriger suppose de rendre le jugement plus transparent et plus ouvert. Pour Bourdieu, la consécration ne se contente pas de reconnaître un talent : elle lui donne une existence publique. Un roman primé devient plus visible, se vend davantage et entre parfois dans les programmes scolaires. Le jury ne juge donc jamais dans le vide. Ses membres ont une formation, des goûts et des réseaux qui peuvent les pousser à préférer des œuvres proches de leur univers, sans favoritisme conscient.
    Ces préférences s’ajoutent aux avantages déjà acquis. C’est l’effet Matthieu, décrit par Robert Merton en 1968 : une personne reconnue attire plus facilement de nouvelles récompenses. Les candidats moins visibles doivent, eux, franchir davantage d’obstacles. L’effet Matilda désigne plus précisément la sous-reconnaissance des contributions scientifiques des femmes. Un exemple frappant : en 1974, le Nobel de physique récompense notamment Antony Hewish pour les recherches sur les pulsars, sans distinguer Jocelyn Bell Burnell, qui avait repéré leur premier signal.
    Pour limiter ces biais, il faut diversifier et renouveler les jurys, déclarer les conflits d’intérêts et préciser les critères avant l’examen des candidatures. L’évaluation anonyme, lorsqu’elle est possible, réduit l’influence du nom ou de la réputation, sans effacer toutes les inégalités. Il faut aussi regarder qui peut candidater et rendre les décisions explicables. Aucun dispositif ne rend le jugement parfaitement neutre : reste à choisir quelles formes de mérite une société souhaite rendre visibles.