Retour à la fiche
Question d'oral
Quelle différence entre une traduction sourcière et cibliste ?
Réponse d'oral
Une traduction sourcière privilégie les mots, les images et la construction de la langue de départ, tandis qu’une traduction cibliste cherche surtout à produire un effet équivalent dans une langue d’arrivée naturelle. La différence porte donc sur la manière d’être fidèle : à la forme de l’original ou à l’expérience du lecteur. Le philosophe et traductologue Jean-René Ladmiral a théorisé cette opposition. Elle prolonge une distinction formulée par Friedrich Schleiermacher en 1813 : soit on rapproche le lecteur de l’auteur, soit on rapproche l’auteur du lecteur.Prenons l’expression anglaise « It’s raining cats and dogs ». Une traduction littérale donnerait « Il pleut des chats et des chiens ». Elle conserve l’image, mais surprend en français et peut faire croire à une scène fantastique. Une solution cibliste serait « Il pleut des cordes » : l’image change, mais le lecteur comprend immédiatement qu’il pleut très fort. Attention cependant : la démarche sourcière ne se réduit pas au mot à mot. Elle peut conserver une étrangeté volontaire, notamment dans un roman, tout en restant compréhensible.Aucune approche n’est donc toujours supérieure à l’autre. Pour une notice médicale, la précision et la clarté sont essentielles. Pour un poème, le rythme, les sonorités et les images peuvent justifier de bousculer les habitudes du lecteur. Le traducteur choisit selon l’œuvre, son usage et son public. Jusqu’où peut-on rendre une œuvre familière sans effacer ce qui la rend étrangère ?
