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Question d'oral
Que signifie l'« hospitalité langagière » chez Ricœur ?
Réponse d'oral
L’hospitalité langagière, chez Paul Ricœur, signifie accueillir la langue de l’autre dans sa propre langue grâce à la traduction, sans effacer ce qui la rend différente. Traduire, c’est recevoir un étranger chez soi : lui faire une place, sans lui demander de devenir exactement comme nous. Dans Sur la traduction, publié en 2004, Ricœur présente cette rencontre comme un double plaisir : habiter la langue de l’autre et accueillir sa parole dans la sienne. Le traducteur ne transporte donc pas simplement des mots. Il cherche à faire comprendre une manière de penser, de sentir et de voir le monde.Cette hospitalité suppose de renoncer à la traduction parfaite. Deux langues ne découpent jamais tout à fait la réalité de la même façon. Le portugais saudade, par exemple, peut évoquer la nostalgie, le manque et l’attachement à un être absent. Le traduire seulement par « nostalgie » peut convenir, mais certains contextes demandent une explication ou une autre formulation. L’intraduisible n’interdit donc pas la traduction : il oblige à chercher, à comparer et parfois à recommencer. Ricœur défend ainsi une équivalence possible, sans identité absolue entre les langues.Cette démarche a aussi une portée éthique. Comprendre autrui ne signifie ni parler à sa place ni réduire sa différence à nos habitudes. Même lorsqu’une traduction automatique produit une phrase fluide, il reste à juger si elle respecte cette singularité. L’hospitalité langagière invite finalement à se demander si toute rencontre humaine n’exige pas, elle aussi, un effort de traduction.
