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Question d'oral
Faut-il partager l'identité d'un auteur pour le traduire ?
Réponse d'oral
Il n’est pas nécessaire de partager l’identité d’un auteur pour le traduire : la traduction exige surtout une connaissance précise de sa langue, de son œuvre et de son univers. Une expérience commune peut aider à percevoir une allusion, une blessure ou un humour. Mais elle ne garantit ni la compréhension ni le talent. Deux personnes du même milieu peuvent lire un poème très différemment. À l’inverse, un traducteur éloigné de l’auteur peut trouver les mots justes grâce à l’enquête, à l’écoute et au travail.La question est devenue particulièrement vive en 2021 autour des traductions d’Amanda Gorman, poétesse noire américaine révélée lors de l’investiture de Joe Biden. Aux Pays-Bas, le choix de Marieke Lucas Rijneveld, écrivain blanc, a suscité une controverse, puis son retrait du projet. Ce débat pose deux problèmes distincts : la compétence pour traduire une œuvre et la place accordée aux traducteurs issus de groupes peu représentés. Défendre leur accès au métier est légitime. En faire une règle d’identité obligatoire risquerait cependant d’enfermer chacun dans ses origines.Depuis saint Jérôme, qui traduit la Bible en latin à la fin du IVe siècle, traduire suppose de franchir des distances historiques et culturelles. La fidélité ne consiste donc pas à être identique à l’auteur, mais à rendre ses choix, ses nuances et sa voix sans les effacer. Même la traduction automatique, utile pour certains usages, demande une vigilance humaine devant l’ironie ou les références culturelles. La vraie question devient alors : comment comprendre une voix différente sans parler à sa place ?
