L'ONU : Charte, Conseil de sécurité, casques bleus et réforme impossible

    Institution
    8 min de lecture1945 – aujourd'hui

    Créée en 1945 pour « préserver les générations futures du fléau de la guerre », l'ONU réunit 193 États autour d'une Charte qui interdit la guerre sauf en légitime défense ou sur autorisation du Conseil de sécurité, où cinq puissances gardent un droit de veto. Ses casques bleus, ses agences et son Assemblée en font l'organisation universelle, mais son incapacité face aux grandes crises (Syrie, Ukraine, Gaza), le blocage de sa réforme et sa crise financière posent la question de sa survie comme cœur du multilatéralisme.

    Définition

    L'Organisation des Nations unies (ONU) est une organisation internationale fondée par la Charte de San Francisco (signée le 26 juin 1945, en vigueur le 24 octobre 1945), qui compte 193 États membres (le dernier, le Soudan du Sud, en 2011 ; la Palestine et le Saint-Siège sont observateurs). Ses buts (article 1) : maintenir la paix et la sécurité, développer les relations amicales, coopérer au développement et aux droits de l'homme. Ses principes (article 2) : égalité souveraine, règlement pacifique des différends, interdiction du recours à la force (art. 2 § 4), non-intervention dans les affaires intérieures (art. 2 § 7).
    Ses six organes principaux :
    • l'Assemblée générale (193 États, un État une voix, résolutions non contraignantes, session annuelle en septembre à New York) ;
    • le Conseil de sécurité (15 membres : 5 permanents avec droit de veto, États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni ; 10 élus pour deux ans), seul organe dont les décisions sont obligatoires ; chapitre VI (règlement pacifique) et chapitre VII (sanctions, usage de la force) ;
    • le Secrétariat, dirigé par le Secrétaire général (António Guterres, 2017-2026 ; successeur à désigner pour 2027) ;
    • la Cour internationale de justice (La Haye, litiges entre États) ;
    • le Conseil économique et social (ECOSOC) ;
    • le Conseil de tutelle (suspendu depuis 1994).
    Plus le Conseil des droits de l'homme (2006, Genève), les opérations de maintien de la paix (casques bleus : 11 missions, 60 000 personnels en 2025, budget de 5,6 milliards), les fonds et programmes (PNUD, UNICEF, HCR, PAM), les agences spécialisées (OMS, UNESCO, FAO, OIT, FMI et Banque mondiale formellement). Le budget ordinaire est d'environ 3,7 milliards de dollars (États-Unis 22 %, Chine 20 %), financé par des contributions obligatoires souvent impayées.

    Contexte

    La naissance. L'échec de la Société des Nations (1919-1946 : sans les États-Unis, impuissante face au Japon, à l'Italie, à Hitler) inspire Roosevelt et Churchill (Charte de l'Atlantique, 1941 ; le nom « Nations unies », 1er janvier 1942) : une organisation universelle mais dirigée par les grandes puissances (Dumbarton Oaks 1944, Yalta 1945 pour le veto). La Charte est signée par 51 États ; le siège est à New York (terrain offert par Rockefeller), avec des offices à Genève, Vienne, Nairobi. La Déclaration universelle des droits de l'homme (10 décembre 1948, René Cassin, Eleanor Roosevelt) fixe le programme.
    La guerre froide (1947-1989). Le veto paralyse le Conseil (la Russie l'utilise 80 fois avant 1960) ; la Corée (1950) n'est possible que par l'absence soviétique ; l'Assemblée invente la résolution « Union pour le maintien de la paix » (1950) ; Dag Hammarskjöld (1953-1961, mort en mission au Congo) invente les casques bleus (Suez, 1956, idée de Lester Pearson) ; la décolonisation fait passer l'ONU de 51 à 159 membres (1984), et l'Assemblée devient la tribune du tiers-monde (résolution 1514 de 1960, nouvel ordre économique international 1974, résolution 3379 « sionisme = racisme » 1975, abrogée 1991).
    L'après-guerre froide (1990-2010). Le Conseil fonctionne : la guerre du Golfe (résolution 678, 1990), les opérations multipliées (Cambodge, Mozambique, Salvador), mais aussi les échecs (Somalie 1993, Rwanda 1994 : le génocide sous les yeux de la MINUAR, Srebrenica 1995 : 8 000 morts dans une « zone de sécurité ») et les contournements (Kosovo 1999 sans mandat, Irak 2003 malgré le refus du Conseil, Villepin le 14 février 2003) ; Kofi Annan (1997-2006, Nobel 2001) réforme et théorise la responsabilité de protéger (Sommet 2005) ; les Objectifs du millénaire (2000) puis les Objectifs de développement durable (2015, 17 objectifs) fixent l'agenda ; l'accord de Paris sur le climat (2015) est négocié sous l'égide onusienne (CCNUCC).
    La crise (2011-). La Libye (résolution 1973, 2011) dévoyée en changement de régime brise le consensus ; la Syrie (16 vetos russes) paralyse le Conseil ; l'Ukraine (2022 : la Russie, membre permanent, viole la Charte ; l'Assemblée condamne à 141 voix mais le Conseil est bloqué) ; Gaza (2023-2025 : vetos américains, résolutions non appliquées, l'UNRWA accusée puis interdite par Israël, la CIJ saisie par l'Afrique du Sud, la CPI et Netanyahou) ; le Soudan, le Sahel (retrait de la MINUSMA en 2023). Guterres alerte sur la « fracture » et le « chaos » ; le Pacte pour l'avenir (septembre 2024) tente de relancer ; la crise financière (États-Unis en retard de paiement, coupes de Trump en 2025 : retrait de l'OMS, de l'UNESCO, du Conseil des droits de l'homme, gel de l'aide) menace le fonctionnement (plan de réduction de 20 % des effectifs, « UN80 »).

    Mécanismes

    Le Conseil de sécurité. Il constate une menace contre la paix (art. 39), recommande (chapitre VI), impose des sanctions (art. 41 : embargos, gels d'avoirs, plus de 15 régimes de sanctions en vigueur) ou autorise la force (art. 42 : Corée, Golfe, Libye, Mali) ; une résolution exige 9 voix sur 15 et l'absence de veto ; le veto a été utilisé environ 300 fois (URSS/Russie 150, États-Unis 90, dont la majorité pour Israël). Depuis 2022, tout veto doit être justifié devant l'Assemblée (initiative du Liechtenstein).
    Les casques bleus. Déployés avec le consentement des parties, impartiaux, usant de la force en légitime défense (et, depuis les années 2000, pour protéger les civils) ; fournis par les États (Bangladesh, Népal, Inde, Rwanda en tête), payés par tous ; 71 opérations depuis 1948, 4 000 morts en service ; succès (Namibie, Timor, Liberia, Sierra Leone), échecs (Rwanda, Srebrenica, Mali), scandales (abus sexuels en Centrafrique). Le maintien de la paix décline (missions fermées au Mali, en RDC, au Soudan) au profit des missions politiques et des coalitions régionales.
    L'Assemblée générale. Sans pouvoir contraignant, elle légitime (l'Ukraine 2022, la Palestine État observateur 2012, admission 2024 recommandée), oriente (ODD), crée des normes (déclarations, traités négociés) ; ses votes révèlent les rapports de force (l'Occident minoritaire sur Gaza, le « Sud global » sur l'Ukraine : 35 abstentions).
    Le Secrétaire général. « Le fonctionnaire le plus impossible du monde » (Trygve Lie) : élu par l'Assemblée sur recommandation du Conseil (donc avec l'accord des cinq), sans armée ni budget propre, il a le pouvoir d'alerter (art. 99), de médiation et de parole ; les grands (Hammarskjöld, Annan) ont pesé, les autres géré.

    Enjeux & débats

    1) Réformer le Conseil de sécurité ? La composition reflète 1945 : l'Afrique (54 États) et l'Amérique latine sans siège permanent, l'Inde (1,4 milliard), le Japon, l'Allemagne, le Brésil (le G4) candidats depuis trente ans, bloqués par les rivaux régionaux (Pakistan, Chine, Italie, Argentine) et l'exigence d'une révision de la Charte (deux tiers plus les cinq permanents) ; la France et le Royaume-Uni soutiennent l'élargissement ; le veto est intouchable. Le débat porte aussi sur l'encadrement du veto (initiative française de 2015 : renoncer au veto en cas d'atrocités de masse).
    2) L'ONU est-elle inutile ? Elle n'a pas empêché les guerres majeures (Vietnam, Irak, Ukraine), mais elle a évité une guerre entre grandes puissances (le Conseil comme lieu de dialogue même en crise), résolu des dizaines de conflits, décolonisé, vacciné, nourri (PAM, 150 millions de personnes), codifié le droit (mer, espace, climat, droits de l'homme) ; les réalistes y voient un miroir des rapports de force, les libéraux une institution indispensable, les critiques du Sud un ordre occidental.
    3) La responsabilité de protéger (R2P). Adoptée en 2005 (souveraineté comme responsabilité ; la communauté internationale peut intervenir si un État ne protège pas sa population), appliquée en Libye (2011) et discréditée par le renversement de Kadhafi ; la Russie et la Chine y voient un prétexte ; la Syrie a montré ses limites. Le débat oppose souveraineté et droits humains.
    4) Israël et l'ONU. Créé par l'ONU (plan de partage, 1947), Israël est l'État le plus visé par ses résolutions (Assemblée, Conseil des droits de l'homme) et protégé par le veto américain ; les accusations de partialité (Israël) et d'impunité (Palestiniens) se répondent ; l'UNRWA (1949, 6 millions de réfugiés) est au cœur du conflit ; les décisions de la CIJ (2024) et de la CPI (mandat contre Netanyahou, novembre 2024) marquent une judiciarisation sans exécution.
    5) Le désengagement américain. Trump II retire les États-Unis de l'OMS, de l'UNESCO, du Conseil des droits de l'homme, de l'accord de Paris, suspend l'aide (USAID démantelée), ne paie pas ses contributions : l'ONU perd son premier financeur (22 % du budget, 25 % du maintien de la paix) ; la Chine, deuxième contributeur, gagne en influence (agences, postes) ; l'Europe est appelée à combler. La question est celle d'un ordre post-américain.

    Exemples

    • La Charte : préambule « Nous, peuples des Nations unies » ; 111 articles ; signée par 50 États (la Pologne signe plus tard) ; la France signataire dans le camp des vainqueurs grâce à de Gaulle.
    • René Cassin : rédacteur principal de la Déclaration de 1948, prix Nobel de la paix 1968, au Panthéon (1987).
    • Hammarskjöld (1953-1961) : « L'ONU n'a pas été créée pour conduire l'humanité au paradis mais pour la sauver de l'enfer » ; mort dans un crash au Congo, Nobel posthume.
    • Rwanda (1994) : 800 000 morts en cent jours ; le général Dallaire (MINUAR) demande des renforts, le Conseil réduit la mission ; Annan reconnaît l'échec (1999).
    • Villepin, 14 février 2003 : discours contre la guerre d'Irak, applaudi (rare) au Conseil ; « c'est un vieux pays, la France, un vieux continent que le mien ».
    • Résolution 1973 (17 mars 2011) : zone d'exclusion aérienne en Libye, 10 voix pour, 5 abstentions (Russie, Chine, Allemagne, Inde, Brésil) ; l'OTAN va jusqu'à la chute de Kadhafi.
    • 2 mars 2022 : l'Assemblée exige le retrait russe d'Ukraine, 141 pour, 5 contre, 35 abstentions (Chine, Inde, Afrique du Sud…).
    • UN80 (2025) : Guterres annonce une réduction de 20 % des effectifs et du budget face aux impayés américains ; 15 000 postes menacés.

    Pièges & confusions

    • Confondre Assemblée et Conseil. Seul le Conseil décide (résolutions contraignantes) ; l'Assemblée recommande.
    • Croire que l'ONU a une armée. Les casques bleus sont prêtés par les États, mission par mission ; l'article 43 (forces permanentes) n'a jamais été appliqué.
    • Compter les membres permanents avec l'Allemagne ou le Japon. Ce sont les cinq vainqueurs de 1945 ; l'Allemagne et le Japon sont les « ennemis » de la Charte (art. 53, 107).
    • Oublier que la Russie a hérité du siège soviétique (1991). Sans révision de la Charte ; certains contestent la légalité.
    • Réduire l'ONU au Conseil de sécurité. Les agences (OMS, UNICEF, PAM, HCR) sont l'ONU qui marche.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « La paix est-elle possible ? », « Le droit peut-il contraindre la force ? », « La souveraineté est-elle absolue ? », « Faut-il un gouvernement mondial ? », « Le multilatéralisme est-il mort ? », « Qui est légitime pour intervenir ? ». Fiche pivot du thème, à combiner avec les fiches OTAN, justice internationale, multilatéralisme.
    À l'oral, tenez la Charte (1945, art. 2 § 4, chapitres VI et VII), les six organes, le Conseil (15, 5, veto, 9 voix), les casques bleus (Suez 1956, 71 opérations, Rwanda, Srebrenica), les Secrétaires généraux clés, les crises récentes (Syrie, Ukraine, Gaza) et le débat sur la réforme et le retrait américain. La phrase de Hammarskjöld est votre conclusion.
    Angle d'attaque conseillé : partir de la contradiction de 2022 : un membre permanent envahit un État membre et bloque par son veto la condamnation de sa propre agression ; tout le problème de l'ONU, force et impuissance, est là.

    Sources

    • Charte des Nations unies
    • Chloé Maurel, Histoire des idées des Nations unies (2015)
    • Mark Mazower, No Enchanted Palace : The End of Empire and the Ideological Origins of the United Nations (2009)
    • Opérations de maintien de la paix
    • Représentation permanente de la France auprès des Nations unies

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