La Révolution française (1789-1799) : de la Bastille à Brumaire

    Événement
    8 min de lecture1789-1799

    En dix ans, la Révolution a détruit l'Ancien Régime (privilèges, ordres, monarchie absolue), proclamé les droits de l'homme, fondé la nation souveraine et la République, exécuté le roi, inventé la Terreur, la guerre révolutionnaire et l'État moderne (départements, système métrique, Code civil en germe), avant de s'achever dans le coup d'État de Bonaparte. Elle est la matrice de la politique française (droite et gauche, République, laïcité) et un événement mondial dont l'interprétation divise encore les historiens.

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    Définition

    La Révolution française désigne la période 1789-1799 (jusqu'au 18 brumaire), parfois étendue jusqu'en 1815. Elle se lit en phases :
    • 1789-1791, la révolution libérale : États généraux, Assemblée nationale constituante, abolition des privilèges (4 août), Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (26 août), nationalisation des biens du clergé, départements, Constitution civile du clergé (1790), Constitution de 1791 (monarchie constitutionnelle, suffrage censitaire) ;
    • 1792-1794, la révolution radicale : guerre (20 avril 1792), chute de la monarchie (10 août), République (21-22 septembre), procès et exécution de Louis XVI (21 janvier 1793), Convention, guerre de Vendée, chute des Girondins (2 juin 1793), Terreur (septembre 1793-juillet 1794) sous le Comité de salut public (Robespierre, Saint-Just, Carnot), chute de Robespierre (9 thermidor an II, 27 juillet 1794) ;
    • 1794-1799, la révolution bourgeoise et le Directoire : réaction thermidorienne, Constitution de l'an III (1795), Directoire (cinq directeurs, deux conseils), coups d'État à répétition, guerre et conquêtes (Bonaparte en Italie, 1796-1797 ; Égypte, 1798), 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799).
    Vocabulaire : Ancien Régime (expression forgée en 1789), les trois ordres (clergé, noblesse, tiers état), les cahiers de doléances, le Tiers (Sieyès : « Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. »), la souveraineté nationale, les clubs (Jacobins, Cordeliers, Feuillants), les sans-culottes, les Girondins et Montagnards, la Plaine (le Marais), l'émigration, les assignats, le calendrier révolutionnaire (an I = 22 septembre 1792), le fédéralisme, la levée en masse (1793).

    Contexte

    Les causes. Une crise financière (dette des guerres, dont l'Amérique ; déficit ; échec des réformes de Turgot, Necker, Calonne, Brienne, bloquées par les privilégiés et les parlements), une crise sociale (une noblesse de 1,5 % de la population exemptée d'impôt, une bourgeoisie riche et sans pouvoir, une paysannerie écrasée de droits seigneuriaux), une crise économique (mauvaise récolte de 1788, pain à son prix le plus haut en juillet 1789), une crise intellectuelle (les Lumières : Montesquieu, Voltaire, Rousseau, l'Encyclopédie ; l'exemple américain), une crise politique (un roi indécis, une monarchie discréditée, la « pré-révolution » aristocratique de 1787-1788 qui force la convocation des États généraux, réunis pour la première fois depuis 1614).
    1789. 5 mai, ouverture à Versailles ; 17 juin, le tiers se proclame Assemblée nationale ; 20 juin, serment du Jeu de paume ; 23 juin, Mirabeau (« nous ne sortirons que par la force des baïonnettes ») ; 14 juillet, Bastille ; Grande Peur dans les campagnes ; nuit du 4 août, abolition des privilèges et de la féodalité ; 26 août, Déclaration ; 5-6 octobre, les femmes de Paris ramènent le roi à Paris. 1790 : fête de la Fédération (14 juillet), Constitution civile du clergé (12 juillet) qui divise la France en prêtres jureurs et réfractaires. 1791 : fuite à Varennes (20-21 juin), fusillade du Champ-de-Mars (17 juillet), Constitution (3 septembre), Législative.
    1792-1794. Guerre déclarée à l'Autriche (20 avril 1792), « la patrie en danger » (11 juillet), manifeste de Brunswick, 10 août (prise des Tuileries), massacres de Septembre, Valmy (20 septembre), République (21-22 septembre), procès du roi, 21 janvier 1793, guerre de Vendée (mars), trahison de Dumouriez, Comité de salut public (6 avril), chute des Girondins (2 juin), assassinat de Marat (13 juillet), levée en masse (23 août), loi des suspects (17 septembre), exécution de Marie-Antoinette (16 octobre), Girondins (31 octobre), déchristianisation, loi du 22 prairial (Grande Terreur, 1 400 exécutions à Paris en six semaines), abolition de l'esclavage (4 février 1794), exécution des Hébertistes puis de Danton (avril 1794), fête de l'Être suprême (8 juin), 9 thermidor (27 juillet 1794). Bilan de la Terreur : 17 000 guillotinés, 200 000 morts en Vendée selon les estimations, 500 000 emprisonnements.
    1794-1799. Fermeture des Jacobins, Terreur blanche, Constitution de l'an III, insurrection royaliste du 13 vendémiaire (5 octobre 1795, Bonaparte), conjuration des Égaux (Babeuf, 1796-1797), coup du 18 fructidor (1797), campagne d'Italie et traité de Campo-Formio (1797), Égypte (1798), loi Jourdan sur la conscription (1798), 18 brumaire (9 novembre 1799) : Sieyès et Bonaparte renversent le Directoire ; le Consulat commence, « la Révolution est finie » (proclamation du 15 décembre 1799).

    Mécanismes

    Comment une révolution avance. Par la pression combinée de trois forces : les élites (députés, juristes, Lumières) qui votent les principes ; le peuple de Paris (les journées révolutionnaires : 14 juillet, 5 octobre, 10 août, 2 juin, 9 thermidor) qui force les décisions ; la guerre (1792) qui radicalise tout (la trahison présumée du roi, la levée en masse, la Terreur comme « despotisme de la liberté contre la tyrannie »). François Furet parle de « dérapage » de 1792, la tradition jacobine (Mathiez, Soboul) de logique des circonstances.
    Ce que la Révolution crée. La nation souveraine (l'article 3 de la Déclaration) ; les droits (liberté, propriété, sûreté, résistance à l'oppression ; égalité devant la loi) ; l'État rationnel (83 départements, 1790 ; unification des poids et mesures, système métrique 1795 ; abolition des douanes intérieures, des corporations par la loi Le Chapelier de 1791 ; vente des biens nationaux ; état civil laïc, divorce, 1792) ; l'école (projets de Condorcet) ; la citoyenneté (suffrage universel masculin en 1792, émancipation des juifs en 1791, abolition de l'esclavage en 1794, rétabli en 1802) ; les symboles (drapeau tricolore, Marseillaise de 1792, hymne en 1795, Marianne, devise républicaine).
    La Terreur. Un gouvernement d'exception (Comité de salut public, Tribunal révolutionnaire, représentants en mission, loi des suspects) justifié par la guerre extérieure et civile, théorisé par Robespierre (« la vertu sans laquelle la terreur est funeste, la terreur sans laquelle la vertu est impuissante », 5 février 1794), qui se retourne contre ses propres factions (Hébertistes, Dantonistes) puis contre Robespierre. Elle est le point aveugle de l'héritage révolutionnaire : rupture ou logique ?
    La Révolution et le monde. Elle exporte ses principes par la guerre (« guerre aux châteaux, paix aux chaumières », républiques sœurs), inspire les révolutions du XIXe siècle et la révolution haïtienne (1791-1804, première abolition), fixe le vocabulaire politique (droite/gauche, réaction, terrorisme, nationalisme) et le modèle de toutes les révolutions ultérieures (Lénine se compare aux Jacobins).

    Enjeux & débats

    1) Bloc ou dérapage ? Clemenceau (1891) : « La Révolution est un bloc » ; on ne peut prendre 1789 sans 1793. Furet (1978) : 1789 était libérale, 1793 est un dérapage lié à la guerre et à l'idéologie jacobine. Le débat historiographique majeur oppose l'école jacobine (Mathiez, Lefebvre, Soboul : révolution bourgeoise et populaire, la Terreur comme circonstances) et l'école critique (Cochin, Furet : la Révolution comme matrice du totalitarisme). Le bicentenaire de 1989 a été le théâtre de cette querelle.
    2) La Vendée, guerre civile ou génocide ? Les « colonnes infernales » de Turreau (1794), les noyades de Nantes, 200 000 morts : Reynald Secher (1986) a parlé de « génocide franco-français », thèse rejetée par la plupart des historiens (Jean-Clément Martin : guerre civile atroce, non extermination planifiée d'un peuple) mais reprise politiquement ; la reconnaissance mémorielle est demandée par des députés.
    3) Les droits de l'homme, universels ou bourgeois ? La Déclaration exclut les femmes (Olympe de Gouges répond par la Déclaration des droits de la femme, 1791, et est guillotinée en 1793), les pauvres (suffrage censitaire), les esclaves jusqu'en 1794 ; Marx y voit les droits de l'homme bourgeois ; les défenseurs rappellent que le texte contient sa propre extension (les luttes ultérieures s'en réclament).
    4) Une révolution atlantique ou française ? Jacques Godechot et Robert Palmer l'inscrivent dans une révolution atlantique (Amérique, Pays-Bas, Genève) ; d'autres insistent sur sa radicalité unique (l'exécution du roi, la Terreur, la déchristianisation). Haïti, où les principes sont pris au mot par les esclaves, complète le tableau.
    5) Que reste-t-il de la Révolution ? La République, la nation, la laïcité, les départements, le Code civil, le mètre, les symboles, mais aussi la fracture droite/gauche et la tradition insurrectionnelle (1830, 1848, 1871, 1968). La Révolution est « terminée » (Furet, 1978) au sens où elle ne divise plus les régimes, mais elle reste le lieu des batailles mémorielles (le 14 juillet, Robespierre sans rue à Paris, Marie-Antoinette réhabilitée par le cinéma).

    Exemples

    • « Qu'est-ce que le tiers état ? Tout. Qu'a-t-il été jusqu'à présent dans l'ordre politique ? Rien. Que demande-t-il ? À y devenir quelque chose. » (Sieyès, janvier 1789).
    • La Bastille (14 juillet 1789) : sept prisonniers libérés ; le gouverneur de Launay décapité ; « C'est une révolte ? Non, Sire, c'est une révolution » (La Rochefoucauld-Liancourt au roi, apocryphe).
    • La nuit du 4 août : les nobles libéraux (Noailles, d'Aiguillon) proposent l'abolition des droits féodaux ; « Saint-Barthélemy des privilèges ».
    • Varennes (21 juin 1791) : le roi reconnu grâce à son profil sur les assignats ; retour à Paris dans le silence ; la République devient pensable.
    • Valmy (20 septembre 1792) : canonnade, Kellermann et Dumouriez ; Goethe, présent : « De ce jour et de ce lieu date une nouvelle époque de l'histoire du monde ».
    • 21 janvier 1793 : Louis XVI guillotiné place de la Révolution (Concorde) ; « Peuple, je meurs innocent » ; les tambours couvrent sa voix.
    • Olympe de Gouges : « La femme a le droit de monter sur l'échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune » (1791) ; guillotinée le 3 novembre 1793.
    • 9 thermidor : Robespierre mâchoire brisée, exécuté le 10 thermidor avec Saint-Just et Couthon ; la Terreur cesse, le mot « terroriste » naît.

    Pièges & confusions

    • Confondre Assemblée constituante, Législative et Convention. 1789-1791, 1791-1792, 1792-1795 : trois assemblées, trois régimes.
    • Dater la République de 1789. Elle est proclamée en septembre 1792 ; 1789-1792 est une monarchie constitutionnelle.
    • Réduire la Terreur à Robespierre. C'est un système collégial (Comité de salut public, Convention) et une réponse à la guerre ; Robespierre en est le théoricien, pas le seul acteur.
    • Ignorer le débat Furet/Soboul. Le jury de Sciences Po l'attend ; il structure toute lecture de 1789.
    • Oublier Haïti et l'esclavage. Abolition en 1794, rétablissement en 1802, indépendance d'Haïti en 1804 : la Révolution est aussi une histoire coloniale.

    Usage concours / oral

    Sujets où mobiliser cette fiche : « La violence est-elle nécessaire au changement ? », « Peut-on faire table rase du passé ? », « La liberté et l'égalité sont-elles compatibles ? », « Les droits de l'homme sont-ils universels ? », « Une révolution est-elle un bloc ? ». C'est le sujet majeur de l'histoire de France ; toute question politique peut y renvoyer.
    À l'oral, tenez les trois phases avec leurs dates, les causes en cinq points, les créations durables (nation, droits, État rationnel, symboles), la Terreur (chiffres, justification, chute) et le débat Clemenceau/Furet. Ayez Sieyès, Goethe à Valmy et Olympe de Gouges comme citations. Un jury peut vous demander votre lecture personnelle : ayez-en une, nuancée (les principes de 1789 sont fondateurs, la Terreur est une tache et une leçon).
    Angle d'attaque conseillé : partir de la phrase de Goethe à Valmy (« une nouvelle époque de l'histoire du monde ») pour montrer que la Révolution est un événement mondial avant d'être français.

    Sources

    • François Furet, Penser la Révolution française (1978)
    • Albert Soboul, La Révolution française
    • Jean-Clément Martin, Nouvelle histoire de la Révolution française (2012)
    • Michel Vovelle, La Révolution française expliquée à ma petite-fille
    • Déclaration des droits de l'homme et du citoyen (1789)

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