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    Question d'oral

    La Business Roundtable de 2019 a-t-elle changé quelque chose ?

    Réponse d'oral

    La Business Roundtable de 2019 a changé le discours sur le capitalisme actionnarial, mais elle n’a pas, à elle seule, transformé les règles de fonctionnement des grandes entreprises américaines. Le 19 août 2019, 181 dirigeants de ce puissant groupement patronal ont signé une déclaration affirmant que l’entreprise doit servir toutes ses parties prenantes : clients, salariés, fournisseurs, communautés et actionnaires. Le symbole est fort. Il semble rompre avec la position défendue par Milton Friedman en 1970 : la responsabilité de l’entreprise consiste à accroître ses profits, dans le respect des règles du jeu.
    Mais une déclaration n’est pas une réforme. Elle ne donne aux salariés ni siège au conseil d’administration, ni droit supplémentaire pour contester une décision. Elle ne modifie pas automatiquement la rémunération des dirigeants, souvent liée au cours de Bourse. Les dividendes et les rachats d’actions restent des instruments majeurs. Surtout, aucun mécanisme commun et contraignant ne permet de sanctionner les signataires qui négligeraient leurs engagements. Quand augmenter les salaires réduit la rentabilité immédiate, qui tranche, et selon quels critères ? C’est là que la promesse est mise à l’épreuve.
    Il serait pourtant excessif de n’y voir que de la communication. Cette déclaration a rendu plus légitime la contestation de la priorité donnée aux seuls actionnaires. Mais une alternative solide suppose une autre gouvernance. En Allemagne, la loi de 1976 réserve aux représentants des salariés la moitié des sièges du conseil de surveillance des grandes entreprises concernées de plus de 2 000 salariés. La vraie question devient donc celle du partage du pouvoir, et pas seulement celle des bonnes intentions.